Lolita Chammah (French only)

Fille de l’actrice Isabelle Huppert et du producteur Ronald Chammah, Lolita Chammah suit les traces de sa mère et deviant actrice sans l’avoir voulu en décrochant en 1988 son premier rôle dans Une affaire de femmes” de Claude Chabrol. Cependant, elle se retire alors du grand écran pour se consacrer à ses études avant de revenir dans le monde du spectacle au début des années 2000. Lolita Chammah préfère des productions plus “arty” comme par exemple 18 ans après” de Coline Serreau ou encore “Drôles d’oiseaux” d’Élise Girard. Elle donne également la réplique à sa mère dans Copacabana” de Marc Fitoussi entre autres.

En même temps, on peut la voir au théâtre où elle joue régulièrement dans des pièces aussi différentes les unes que les autres.

“Fade to Her” discute avec elle au Festival des Arcs où elle est venue présenter en avant-première le nouveau film de Christophe Lemasne, “Moi, maman, ma mère et moi.”

 

 

 

Pouvez-vous parler de votre rôle dans le nouveau film de Christophe Lemasne?

Lolita Chammah: C’est un très beau film sur la famille, sur deux frères et deux soeurs qui se déchirent après la mort de leur mère. Je joue la plus jeune soeur qui est un personage très beau qui est en colère et qui n’est pas d’accord avec les décisions que prennent ses frères et sa soeur. C’est vraiment un film par moments très drôle, et très triste aussi. J’aime beaucoup quand il y a cette alternance dans les films. C’est un film que j’aime beaucoup et qui, j’espère, va rencontrer son public comme il le mérite.

Dans une interview, vous avez dit qu’il vous fallait une scène pour exister quand vous étiez jeune.

L.C.: Oui. Je pense qu’un acteur cherche le regard. Je fait du théâtre et du cinéma et j’aime être sur scène parce que sur scène, la réalité s’arrête, tout comme sur un plateau de cinéma. Je pense qu’on devient aussi acteur pour guérir une blessure d’enfance. J’aimais me maquiller, me déguiser quand j’étais petite et je pense qu’être un acteur, c’est de devenir quelqu’un d’autre pour soigner quelque chose de soi-même. Donc, oui, j’ai besoin d’une scène pour exister. C’est sûr. Je suis heureuse quand je joue.

Ce métier vous a, en quelque sorte, choisi par ricochet. Y-a-t-il jamais eu une autre option, un autre métier ou ça a toujours été inné?

L.C.: Je ne sais pas si ça a été inné. J’ai rencontré des personnes qui ont fait que je suis là aujourd’hui. Au départ, je ne l’ai pas totalement choisi parce que quand on est petit, on ne choisit pas vraiment. Après, c’est les rencontres, les films, les pièces et le travail qui font qu’on choisit. Ça prend donc du temps. Tous les jours, je le choisis encore. Je pense que ça ne veut rien dire d’être acteur – être acteur ce n’est pas vraiment un métier… C’est plutôt un état et un être au monde; on se remet dedans tout le temps. Ce sont des rencontres avec des humains qui font que tu te dises tout d’un coup: “Ah, voilà, je vais jouer ce rôle. Je vais être dans cette avanture et je vais être sur scène avec ces personnes” et c’est ça qui fait qu’on devient un acteur.

En parlant de rôles, lequel est votre préféré?

L.C.: Je ne peux pas choisir parce que j’ai envie de dire que celui que je préfère, c’est celui qui va venir encore. Tous les rôles ont de l’importance, du sense, mais je ne peux pas choisir. Je regarde surtout devant et, donc, je me dis que celui qui va venir sera le plus beau.

Est-ce qu’il y a toujours une partie de vous dans chacun des rôles, ou vous réussissez à disparaître complètement? Comment caractériseriez-vous votre façon de jouer?

L.C.: Bien sûr… Je pense que jouer, de toutes façons, c’est donner quelque chose de soi. C’est abandonner un espace à l’intérieur qui fait qu’on donne notre chair et un sentiment au personage. En même temps, les personnages que j’interprète ne me ressemblent pas totalement; c’est toujours un mélange des deux. Il y a bien sûr de soi et, en même temps, il y a aussi quelque chose d’autre. Jouer c’est quelque chose de tellement fragile et qui dépend des moments où on fait des personnages; on n’est pas pareils. C’est tout ça qui fait la magie du cinéma ou du théâtre. C’est l’instant. On ne peut pas vraiment contrôler tout et c’est ce que j’aime aussi dans le fait de jouer – la part d’abandon qu’on y met.

Vous êtes une famille soudée par le cinéma. Commentaires?

L.C.: Ma famille est une famille de cinéma. Ma mère est actrice, mon père et un de mes frères dirigent deux salles de l’ADRC à Paris et programment et font un travail formidable, et mon plus jeune frère fait des études d’art et de cinéma aux États Unis. C’est comme ça, c’est notre vie…

Vous préférez le théâtre ou le cinéma?

L.C.: J’aime vraiment profondément les deux… Je fais les deux. Le cinéma et le théâtre sont des expériences très différentes.

Aujourd’hui, on parle beaucoup des femmes dans le cinéma. Que pensez-vous de cette discussion? Comment voyez-vous la situation en France par rapport au reste du monde?

L.C.: Je pense que c’est très complexe cette histoire de femmes. C’est un moment historique, c’est sûr. Plus rien ne sera comme avant. Ce qui se passe est très important et cette prise de parole et de position était fondamentale pour que quelque chose change. En même temps, j’essaye de ne pas être totalement noir ou blanc. Je pense que les femmes ont besoin des hommes et les hommes ont besoin des femmes. Je pense que les hommes ne sont pas tous des monstres; il faut faire attention dans ce débat. Je rencontre des hommes formidables. Le réalisateur qui a réalisé Moi, maman, ma mère et moi, Christophe Lemasne, est super! Je joue au théâtre avec des acteurs qui sont superbes. Bien sûr, dans tous les milieux – et je parle du mien – les femmes sont parfois malmenées, mais il y a aussi des hommes formidables. C’est quelque chose de très important ce qui se passe pour l’égalité; l’égalité des salaires, l’égalité des opportunités, toutes les chartes qu’il y a en ce moment pour que quelque chose change… Mais, il faut aussi ne pas tout mettre dans des cases parce que c’est toujours le risque dans les grandes révolutions. On a besoin des hommes aussi. Ce combat se fait avec eux; pas contre eux. Ça, j’en suis persuadée.

Qui est votre réalisatrice préférée, celle qui vous inspire et avec qui vous voudrez tourner dans le future?

L.C.: C’est difficile à choisir parce que je suis très admirative de tout un jeune cinéma français féminin dont j’ai eu la chance de faire partie aussi. Je l’admire parce qu’il faut du courage. Il faut être coriace. Il faut tenir! J’ai tourné avec Sophie Letourneur, Élise Girard, Rebecca Zlotowski… J’ai vu un film il y a deux jours en arrivant aux Arcs que j’ai adoré: C’est ça l’amour de Claire Burger. C’est un très beau film. Il y a plein de femmes avec qui j’ai envie de travailler et toutes ces jeunes femmes que je cite sont très fortes. Il y a aussi Céline Sciamma, Justine Triet, Delphine Gleize avec qui j’ai un projet…

Quels sont vos prochains projets?

L.C.: En ce moment, je suis en tournée avec un spectacle avec Julie Gayet qu’on commencera à Paris le 17 janvier 2019 au Théâtre des Bouffes Parisiens. Il s’appelle Rabbit Hole et c’est une pièce américaine de David Lindsay-Abaire. Puis, j’ai tourné dans un film de Julian Schnabel, At Eternity’s Gate, qui ne sort pas en France pour l’instant, mais qui est déjà sorti aux États-Unis et où j’ai un petit rôle. J’ai aussi d’autres projets au cinéma à venir…

 

 

Propos recueillis au Festival des Arcs 2018.

Tara Karajica

Tara Karajica is a Belgrade-based film critic and journalist. Her writings have appeared in "Indiewire," "Screen International," "Variety," "Little White Lies" and "Film New Europe," among many other media outlets, including the European Film Academy’s online magazine, "Close-up" and Eurimages. She is a member of the European Film Academy, the Online Film Critics Society and the Alliance of Women Film Journalists as well as the recipient of the 2014 Best Critic Award at the Altcine Action! Film Festival. In September 2016, she founded "Yellow Bread," a magazine dedicated entirely to short films, ranked among the 25 Top Short Film Blogs and Websites on the Planet in 2017. In February 2018, she launched "Fade to Her," a magazine about successful women working in Film and TV and in 2019, she was a member of the Jury of the European Shooting Stars (European Film Promotion). She is currently a programmer for live action shorts at PÖFF Shorts, Head of the Short Film Program and Live Action Shorts programmer at SEEFest and Narrative Features Programmer at the Durban International Film Festival. Tara is a regular at film festivals as a film critic, moderator and/or jury member.

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